Présidentielle
L’outre-mer a fortement
voté pour Madame Royal - En Guadeloupe notamment, les habitantEs
des Abymes et de Goyave ont désavoué
leurs maires (qui les incitaient à voter contre elle en dénonçant le mariage qu’elle promettait
aux «makoumés») - Tjenbé Rèd
attire l’attention du président Sarkozy sur cinq points :
le sida, le droit des étrangers, l’égalité
des droits, la lutte contre l’homophobie et le suicide
des personnes LGBT
Paris, le lundi 4 juin 2007
Déclaration n°TR07POL004
TJENBÉ RÈD PREND ACTE DE L’ÉLECTION
DE MONSIEUR SARKOZY À LA PRÉSIDENCE DE LA RÉPUBLIQUE,
dimanche 6 mai, et lui présente ses félicitations républicaines
ainsi que ses meilleurs voeux de réussite au service de l’ensemble
de nos compatriotes.
L’analyse des votes ultramarins
laisse apparaître de fortes disparités selon les départements
d’outre-mer (DOM) ou selon les collectivités communément
regroupées sous l’appellation de territoires d’outre-mer
(TOM), mais dans l’ensemble la France d’outre-mer (FOM) a
voté pour Madame Royal à 56% (contre 44% à
Monsieur Sarkozy). La FOM a ainsi apporté plus de voix à
la candidate socialiste en termes de gain net, avec 118.646 voix
d’avance, que n’importe laquelle des six régions hexagonales
qui ont voté pour elle (Midi-Pyrénées lui ayant apporté
jusqu’à 110.843 voix d’avance) [ 1] .
Au passage, Tjenbé Rèd observe que la FOM
semble en plein accès de civisme puisqu’elle semble connaître
un taux d’inscription sur les listes électorales supérieur
à 100% - avec une pointe de quelque 183% à Wallis-et-Futuna !
Tjenbé Rèd a signalé ce fait troublant au ministère
de l’intérieur, de l’outre-mer et des collectivités
territoriales, mais reste sans réponse à ce jour [ 2] .
Soucieuse de répondre à l’appel
au dialogue lancé par le nouveau président de la République
dans son projet présidentiel (point 1, page 5) [ 3] ,
Tjenbé Rèd attire d’emblée son attention
sur les cinq points suivants :
1°/ CONCERNANT LES RAVAGES SINGULIERS
DU VIH/SIDA PARMI LES POPULATIONS NOIRES & MÉTISSES
EN FRANCE ULTRAMARINE & HEXAGONALE, Tjenbé Rèd
reprend les préoccupations exprimées le 24 janvier
par An Nou Allé,
Act Up-Paris [ 4] ,
Afrique Avenir et le CRAN (préoccupations soutenues depuis par
douze autres associations : le Comité IDAHO, Actions Traitements,
l’APA, Aides, ELCS, Gay-Union, Homo-Sphère, Kannel, Kaz’Arts,
l’UNOM, Sida Info Service et Sidaction) [ 5] .
Tjenbé Rèd prend acte de la réponse
adressée le 18 avril par Monsieur Sarkozy à ces associations [ 6] ;
de son discours prononcé aux Abymes le 22
mars (§49) [ 7] ;
de la proposition n°12 de son document de campagne «Outre-Mer :
Ensemble tout devient possible» (page 8) [ 8] ;
de sa réponse publiée le 29 mars au
questionnaire de l’Inter-LGBT (questions 7.2 et 7.3) [ 9] ;
de son entrevue avec le magazine Têtu du
mois d’avril (questions 18, 22 et 23) [ 10] ;
de l’engagement n°9 de sa profession
de foi diffusée avant le 6 mai (page 4) [ 11] ;
de l’engagement n°9 (page XLII)
du «contrat de législature 2007-2012» de l’UMP
(proposition n°8, page LXXIV) [ 12] .
Dans sa lettre du 18 avril [6] , l’alors candidat Sarkozy
affirmait notamment qu’il lui paraissait «nécessaire
d’accentuer nos efforts» contre le sida dans les DFA (départements
français d’Amérique : Guyane, Guadeloupe, Martinique)
comme parmi «les populations les plus touchées vivant
sur le territoire métropolitain, et notamment les populations noires».
Nous serons vigilants sur le respect, par le président Sarkozy,
des engagements du candidat Sarkozy : d’ores et déjà,
nous demandons au président de nous recevoir pour confirmer et
préciser ces engagements, le candidat n’ayant à notre
connaissance reçu aucune association de lutte contre le VIH/sida
durant sa campagne ; nous lui demandons également de préciser
son propos concernant les «flux permanents de touristes, de saisonniers
et d’immigrants» dans les DFA [6] : comment
envisage-t-il le développement des politiques de santé publique
destinées à ces populations ?
2°/ CONCERNANT LE DROIT DES ÉTRANGERS, Tjenbé
Rèd estime que l’engagement n°14 porté
par la profession de foi du président Sarkozy ( «Avoir
une immigration compatible avec nos traditions, nos valeurs et nos capacités
d’accueil, et aider les pays pauvres à se développer»)
n’est pas a priori choquant (page 4) [11] .
En
revanche, sa proposition d’un «ministère de l’immigration
et de l’identité nationale», développée
au point n°13 de son programme (page 14) [4] , proche
d’une rhétorique nationaliste, était et reste choquante [ 13] .
Tjenbé Rèd sera attentive, d’une part, à
ce que la dignité des personnes étrangères, noires
et métisses notamment, soit respectée ; d’autre
part, à ce que les politiques de l’immigration et de l’asile
ne soient pas confondues, notamment en ce qui touche au droit d’asile
des personnes noires et métisses persécutées à
raison de leur orientation sexuelle ou de leur identité de genre.
À cet égard, la mention (unique) de l’asile comme
sous-catégorie de l’immigration dans le contrat législatif
de l’UMP est plus que préoccupante (engagement n°5,
proposition n°2, page LXI) [12] . Dans son projet présidentiel,
Monsieur Sarkozy affirme cependant : «Notre fierté
repose [...] sur la vocation particulière de la France dans le
monde. Je ne transigerai pas avec les valeurs de notre pays [...] .
Je défendrai les droits de l’homme partout où ils
sont méconnus ou menacés [...] » (point 15,
page 15) [3] . De plus, dans son entrevue à Têtu,
il soutenait : «S’agissant du droit d’asile,
si vous êtes persécuté pour votre orientation sexuelle,
vous devez pouvoir bénéficier du droit d’asile. Les
critères de l’OFPRA [Office français
de protection des réfugiés et apatrides] [ 14] doivent donc pouvoir évoluer sur ce point» (questions 18
à 20) [10] . En même sens, dans sa réponse
à l’Inter-LGBT : «Je me suis personnellement
engagé dans une réforme du droit d’asile permettant
[...] de sauvegarder ce qui fait l’honneur de la France, sa tradition
d’asile politique pour toutes les populations persécutées.
Parmi celles-ci, je range bien évidemment les demandeurs d’asile
victimes de discriminations sexuelles. Il est nécessaire que les
personnels de l’OFPRA en charge de ces sujets soient sensibilisés
à ces problématiques particulières, notamment au
cours de leur formation» (questions 6.1 et 6.3) [9] .
Dans la même réponse (question 6.2), il refusait toutefois
de faire évoluer la
notion contestable de «pays
d’origine sûr» [ 15] .
Soucieux de répondre à son appel au dialogue,
nous lui demandons de réouvrir le débat sur ce dernier sujet
et de clarifier des engagements contradictoires sur l’ensemble de
ce point [ 16] .
3°/ CONCERNANT L’ÉGALITÉ DES DROITS,
Tjenbé Rèd prend acte de l’engagement n°11
de la profession de foi du candidat Sarkozy qui propose de «bâtir
une démocratie irréprochable [...] en mettant fin aux discriminations»
(page 4) [11] . Nous comprenons évidemment que les discriminations
à raison de l’orientation sexuelle ou de l’identité
de genre, désormais reconnues par le droit français, notamment
par la loi du 30 décembre 2004 pénalisant les
propos homophobes, sont bien visées par cet engagement. Nous attirons
alors l’attention du président Sarkozy sur la contradiction
flagrante qui existe entre son engagement et l’engagement n°10
du contrat législatif de l’UMP, proposition n°21
(pages XLVIII et LXXIX) [6] : en effet, alors que
Monsieur Sarkozy prévoit la «fin des discriminations»,
l’UMP ne prévoit la fin que de certaines discriminations ;
en instaure une nouvelle en lieu et place ; en laisse d’autres
en place. Ainsi, un «contrat d’union civile»
signé en mairie assurerait aux couples de même sexe une égalité
successorale, sociale et fiscale : c’est la fin de certaines
discriminations. Mais ce contrat ne leur ouvrirait droit ni à la
filiation ni à l’adoption : c’est le maintien
d’autres discriminations. Plus grave, ce contrat serait réservé
aux couples de même sexe : c’est l’instauration
d’une nouvelle discrimination, d’État, dont les conséquences
symboliques ne devraient pas être négligées. Enfin,
dans son entrevue à Têtu (questions 2 à 12) [10] et dans sa réponse à l’Inter-LGBT (questions 2.1
à 2.6) [9] , Monsieur Sarkozy estimait que ce nouveau
contrat pourrait entraîner la fin du PaCS (pacte civil de solidarité),
ce qui constituerait une perte de droit, donc une discrimination, pour
les nombreux couples, de même sexe ou de sexes différents,
qui ont souhaité ou qui souhaitent contracter un PaCS et bénéficier
de son régime de dissolution, plus simple que celui du divorce
envisagé pour la dissolution du futur contrat. Par ailleurs, l’aspect
«revanchard» de la suppression d’une loi emblématique
pour les personnes LGBT (lesbiennes, gaies, bi & trans) viendrait
fâcheusement contraster avec la volonté affichée de
réparer l’injustice faite à ces personnes. En conséquence,
nous demandons au président Sarkozy de faire prévaloir,
simplement et fortement, son engagement simple et fort de mettre fin aux
discriminations ; il ne revient pas à l’État
de s’immiscer dans la sexualité des citoyenNEs, de dire :
«L’homosexualité, l’hétérosexualité,
c’est différent».
Nous lui demandons
également de veiller à l’application du futur contrat
comme du PaCS en Nouvelle-Calédonie, en Polynésie française,
à Mayotte et à Wallis-et-Futuna voire éventuellement
dans les TAAF (Terres australes et antarctiques françaises) :
plus de 700.000 personnes sont concernées qui n’ont
pas accès au PaCS à ce jour [ 17] .
4°/ CONCERNANT LA LUTTE CONTRE L’HOMOPHOBIE,
Tjenbé Rèd constate qu’une certaine classe
politique n’a de cesse de minorer voire cautionner les propos homophobes
- quand elle ne les profère pas. Le président précédent
avait innové en promulguant une loi qu’il demandait solennellement
de ne pas appliquer ; nous demandons au président Sarkozy
de veiller au respect de la loi du 30 décembre 2004,
bien promulguée, mal suivie. Nous pensons évidemment au
cas Vanneste, ce député du Nord qui se signale sans discontinuer
par ses propos homophobes depuis le 7 décembre 2004 [ 18] :
le 13 janvier 2005, Monsieur Sarkozy, président
de l’UMP, avait affirmé : «Ces dérapages
ne se produiront plus car je ne les accepterai pas» [ 19] .
Or, depuis cette date, Monsieur Vanneste a sans répit
«reproduit» ses «dérapages»,
dans le magazine Nordik de janvier encore [ 20] .
La question se pose alors celle de savoir si l’engagement n°11
de la profession de foi de Monsieur Sarkozy, président de la République,
sera plus suivi que l’engagement de Monsieur Sarkozy, président
de l’UMP - malgré ses dénégations, inexactes,
au magazine Têtu (questions 16 et 17) [10] .
La question se pose ensuite de savoir si le président
Sarkozy saura mieux respecter ses engagements relatifs à la prévention
de l’homophobie, notamment dans l’Éducation nationale
où les textes officiels ne sont toujours pas appliqués (réponse
à l’Inter-LGBT, questions 4.1 à 4.4 ;
entrevue à Têtu, question 15) [ 21] .
5°/ CONCERNANT LE SUICIDE DES PERSONNES LGBT,
Tjenbé Rèd rappelle que les personnes noires et métisses
LGBT, au confluent de plusieurs discriminations, sont d’autant plus
touchées par la sursuicidalité déjà importante
des personnes LGBT. Nos associations en savent quelque chose qui accueillent,
soutiennent et orientent chaque année de nombreuses personnes concernées
sans trouver un soutien suffisant des pouvoirs publics. Nous demandons
en conséquence au président Sarkozy d’honorer les
engagements pris devant l’Inter-LGBT (question 7.1) [9] ou devant Têtu (question 21) [10] , et de donner
suite aux propositions formulées par Madame Boutin.
Dans un rapport remis le 29 septembre 2003, la pasionaria anti-PaCS
envisageait quatre mesures pour lutter contre la sursuicidalité
des personnes LGBT et des personnes vivant avec le VIH/sida : sous
le titre «Lutter contre les discriminations» (partie IV, B1),
elle évoquait des «campagnes publiques au sein des écoles
et des entreprises pour modifier l’approche des maladies» ;
par la suite (partie IV, B3) elle estimait «nécessaire»
de «réaliser une étude sur les liens entre suicide
et sexualité» afin «d’envisager»
par exemple «l’accueil par des travailleurs sociaux formés
à ce type de problématique dans des espaces de parole neutres»
et la «publication d’une plaquette d’information
en vue de sensibiliser les parents, les enseignants et le monde professionnel» [ 22] .
C’est beaucoup au regard des mesures publiques actuelles, pour ainsi
dire inexistantes ; c’est peu au regard de l’urgence
de la question du suicide LGBT, première ou deuxième cause
de mortalité chez les jeunes de 15 à 34 ans, facteur
de la mort de quelque 6.000 personnes LGBT chaque année (selon
une estimation avancée en 2004 par la Fédération
française des Centres LGBT) [ 23] [21] .
LA COMMISSION AUX AFFAIRES POLITIQUES
DE TJENBÉ RÈD !
Mouvement civique pour l’action & la réflexion
sur les questions noires, métisses & LGBT
en France ultramarine & hexagonale
contact@tjenbered.fr
http://www.tjenbered.fr/
|
| |
|
© TJENBÉ RÈD ! Mouvement civique pour l’action & la réflexion
sur les questions noires, métisses & LGBT (lesbiennes, gaies, bi & trans) en France ultramarine & hexagonale
Association loi 1901 fondée le 1er mai 2007, déclarée le 24 mai 2007 (publication au Journal officiel en cours)
Courriels : contact@tjenbered.fr
| MSN : tjenbered@hotmail.fr
| http://www.tjenbered.fr/
Ligne d’écoute et d’information : +33 (0)6 10 55 63 60 (24h/24, répondeur à certaines heures)
|