Logo de Quazar,
Centre LGBT Angers
           
L’association Tjenbé Rèd, pour les personnes LGBT noires et métisses

(La pluralité du paysage associatif LGBT français - Entretien mené par  Jann Halexander pour le compte du magazine associatif Quazar Ze Niouzes et publié dans son n°162 de mars 2008)

Angers, le samedi 1er mars 2008
Communication n°TR08SOC05

Réagissez sur notre forum RTF


David Auerbach Chiffrin est secrétaire général de l’association Tjenbé Rèd, mouvement civique pour l’action & la réflexion sur les questions noires, métisses & LGBT, en France ultramarine* & hexagonale. Depuis quelques années, on observe au sein des communautés africaines & antillaises une visibilité de plus en plus accrue de la population LGBT. Cette visibilité ne se fait pas sans heurts pour des raisons culturelles / historiques, & il existe une problématique spécifique aux personnes LGBT issu(e)s de ces communautés. Les mentalités changent, évoluent, en partie grâce à des personnes comme David Auerbach Chiffrin, dont le travail a été relativement médiatisé au sein de la communauté LGBT mais également des médias généralistes (heureusement). Un travail qui allie terrain & réflexion, reconnu, même si parfois du bout des lèvres, par les élus politiques, aussi bien de gauche que de droite, y compris dans les DOM-TOM. Enfin, en aucun cas on ne saurait parler d’un groupuscule. En effet, les Français d’outre-mer & les Français d’origine africaine sont des millions en France, & ne sont pas évidemment pas cantonnés à la région Île-de-France & aux îles. & il est évident que parmi ces millions de Français, il y a un pourcentage considérable de LGBT.

1°) QUAZAR ZE NIOUZES/ Vous êtes actuellement secrétaire général de l’association Tjenbé Rèd, pourriez-vous nous en dire davantage sur les buts de cette association, quand est-elle née & pourquoi ?

TJENBÉ RÈD/ Tjenbé Rèd est née le 1er mai dernier - ce beau jour qui symbolise bien des luttes sociales. Notre objectif est de rassembler & soutenir les personnes noires & métisses LGBT (lesbiennes, gaies, bi & trans) & leurs proches, de bouger les mentalités dans nos communautés africaines, antillaises & ultramarines* sur des questions comme l’orientation sexuelle, l’identité de genre ou le VIH/sida. Nous dressons en effet ce constat que les personnes LGBT originaires de France ultramarine* ou d’Afrique subsaharienne sont singulièrement exposées à l’homophobie, à la transphobie, à la sérophobie, aux infections sexuellement transmissibles ou au risque suicidaire en raison d’un certain nombre de facteurs, notamment : 1°) le machisme & le sexisme ambiants dans nos îles & nos terres d’origine ; 2°) la pression exercée par les familles élargies ; 3°) les discours religieux fondés sur une lecture littérale de la Bible ou du Coran ; 4°) les discours politiques assimilant les orientations sexuelles & les identités de genre minoritaires à des perversions introduites par l’ancien colon ou esclavagiste ; 5°) les tabous relatifs à la seule évocation de la sexualité ; 6°) la nécessité de disposer de boucs émissaires dans des sociétés & des communautés marqués par de nombreuses difficultés socio-économiques ; 7°) le racisme qui touche l’ensemble des personnes noires & métisses. Ces discours, pressions & tabous persisteront s’ils ne sont pas combattus : à nos yeux, la résignation n’est pas une option./ «Tjenbé Rèd !», en créole, ça veut dire «Accroche-toi !»

2°) QZN/ Votre rencontre avec Patrick Karam a été décisive, on peut même dire qu’elle a débouché sur un évènement historique, bien que peu relayé dans les médias LGBT, pouvez-nous expliquer exactement ce qui s’est passé, & quand ?

TR/ Le 23 juillet, peu après son entrée en fonction comme délégué interministériel pour l’égalité des chances des Français d’outre-mer, nous avons écrit à Monsieur Karam pour attirer son attention sur les questions relatives à notre objet social : le sida, le droit des étrangers, l’égalité des droits, l’homophobie, le suicide des personnes LGBT. Quelques semaines plus tard, il a demandé à nous rencontrer puis m’a confié, le 15 novembre, la mission de lui remettre un rapport sur les difficultés & discriminations rencontrées par les personnes LGBT originaires de l’outre-mer & vivant en France hexagonale. C’est effectivement historique, car c’est à notre connaissance la première fois que l’État se penche officiellement sur cette question. C’est un acte de courage politique, au meilleur sens du terme, de la part Patrick Karam. Il a je pense été sensible à la condition de certains jeunes ultramarins mis à la rue par leurs familles au moment de leur «coming-out». Il m’a aussi fait comprendre beaucoup de choses sur la mentalité de nos compatriotes d’outre-mer & je crois que cela a déjà marqué notre discours. Notamment, nous allons sans doute privilégier la démonstration («Voyez les résultats de votre homophobie...») à la dénonciation («Vous êtes homophobes...»). Nous allons essayer de parler davantage au cœur & un peu moins au cerveau, car la dénonciation peut braquer les gens, alors que la démonstration peut les convaincre. Nous verrons bien si cette approche marche : je peux déjà dire qu’elle a déjà donné des résultats intéressants. Mais j’ai maintenant un rapport à faire, à rendre avant le 15 mai prochain, & je dois d’ici là rencontrer un maximum de personnes LGBT originaires de l’outre-mer & vivant en France hexagonale : je compte sur vous pour relayer l’appel !

3°) QZN/ L’année 2008 est un cap crucial pour l’association Tjenbé Rèd, quels sont les grands axes de travail, les priorités ?

TR/ D’abord nous devons continuer à nous faire connaître, à recruter des adhérentEs. Nous devons atteindre une masse critique que j’évalue à une cinquantaine d’adhérentEs à jour de cotisation. C’est impératif. Quand nous participons à des manifestations, nous devons pouvoir mettre une dizaine d’adhérentEs à nous dans la rue. C’est une question de crédibilité vis-à-vis des autres associations de soutien aux personnes LGBT, noires & métisses ou vivant avec le VIH/sida, c’est aussi une question de visibilité aux yeux des décideurs publics, élus & administrations. Je fais peut-être très politicien en mettant ce critère en premier, mais j’ai pu mesurer à quel point il joue si l’on veut obtenir un soutien interassociatif ou une écoute politique lors de nos actions. Isolés, petits, nous ne pourrons arriver à rien & surtout pas à soutenir efficacement les personnes noires & métisses LGBT. Nous sommes 19 à ce jour, je pense quand même réaliste de convaincre une trentaine de personnes de nous soutenir au point d’adhérer ! Ensuite, nous devons nous installer dans la durée, stabiliser & pérenniser nos programmes. Nous avons mis beaucoup de choses en place en 2007 : actions de prévention, permanences d’accueil & d’écoute, programme «Bangas» d’accompagnement des jeunes à la rue... Cette année nous devons nous donner du champ, de la respiration, mieux planifier notre action, moins courir d’urgence en urgence. Cela passe par la mise en place d’un calendrier d’actions, cela n’a l’air de rien mais c’est une étape décisive dans la maturation d’une jeune association. Enfin, nous devons continuer à nous faire connaître des autres acteurs associatifs, monter des projets avec eux. Il y a tant à faire !

4°) QZN/ Quels sont les retours que vous avez eus sur l’association ?

TR/ Notre action a été identifiée par une partie de notre public, notamment en Guadeloupe où je me suis rendu en décembre, & où notre campagne relative aux propos homophobes d’Admiral T aurait pu nous mettre dans une position délicate puisqu’il est l’enfant du pays. Cependant, nous devons encore faire preuve de beaucoup de pédagogie : par exemple, les gens ont parfois du mal à comprendre notre double positionnement sur les populations originaires d’Afrique subsaharienne & de France ultramarine*... Nous devons continuer à expliquer que ces populations partagent beaucoup chez nous, leur habitat, leurs valeurs... Nous sommes également trop souvent perçus comme de simples «distributeurs de préservatifs», en raison de nos actions de prévention sur le terrain qui sont les plus fréquentes & les plus visibles. C’est bien, mais cela montre qu’il reste encore beaucoup à expliquer, à dialoguer, & que nous devons diversifier nos modes d’intervention.

5°) QZN/ L’association Tjenbé Rèd compte t-elle assez de membres pour exercer un poids ? Pensez-vous que le poids de Tjenbé Rèd va peser dans les années qui viennent ?

TR/ Je pense que Tjenbé Rèd a déjà commencé à peser. En neuf mois d’existence, nous avons mis la question de l’homophobie aux Antilles au centre du débat social & politique, non seulement en Martinique & en Guadeloupe, mais encore au sein du microcosme LGBT en France hexagonale. Évidemment, nous avons bénéficié du travail accompli en ce sens depuis quatre ans par l’association An Nou Allé, dont je reste secrétaire général, & qui a beaucoup fait. Simplement, les derniers développements de cette question nous sont imputables : jamais des socialistes n’auraient organisé spontanément de débats publics sur l’homophobie en Martinique & en Guadeloupe, comme ils l’ont fait en décembre, si la Fédération des CGL n’avait pas attribué son Anti-Prix annuel au Parti socialiste à cause de l’attitude de sa fédération martiniquaise. & jamais la Fédé n’aurait attribué d’abord, confirmé ensuite, ce prix sans la campagne soutenue que nous avons menée, pour ce qui nous concerne, dès notre constitution. Comme l’a très bien titré le quotidien guadeloupéen France-Antilles en décembre, aux Antilles, «les homos redressent la tête», & je pense que c’est grâce à nous. Je ne dis pas qu’ils ne l’auraient jamais fait sans nous, je dis que s’ils l’ont fait cette année, c’est grâce à notre action, & qu’ils ne l’auraient peut-être jamais fait sans. Mais rien n’est gagné, le soufflet peut retomber. Je ne sais pas si nous allons peser dans les années qui viennent, je ne suis pas Madame Irma. Mais je m’engage à ce que nous nous en donnions les moyens.

Contact Tjenbé Rèd dans le 49 & l’Ouest de la France : Jann Halexander / halexander@voila.fr, également [secrétaire] de la commission Culture & Société. Contact national : David Auerbach Chiffrin 06 10 55 63 60 - contact@tjenbered.fr/ Site officiel avec possibilité d’appel aux dons : http://www.tjenbered.fr/

* ultramarin(e) = d’outre-mer [NDLR] 

http://assoquazar.free.fr/textes/txt0803/article12.html



     
© TJENBÉ RÈD ! Mouvement civique pour l’action & la réflexion sur les questions noires, métisses & LGBT (lesbiennes, gaies, bi & trans) en France ultramarine & hexagonale
Association loi 1901 fondée le 1er mai 2007, déclarée le 24 mai 2007, Journal officiel du 16 juin 2007
CCP Paris 5355746U | IBAN FR94 2004 1000 0153 5574 6U02 070 | BIC PSSTFRPPPAR | SIRET 500 965 678 00013 | NAF/APE 9499Z
Membre de l’UNOM | Union nationale de l’outre-mer français
Membre du RAAC-sida | Réseau des associations africaines et caribéennes agissant en France dans la lutte contre le sida
Membre du CRAN | Conseil représentatif des associations noires en France
Membre associé, Observateur de la Fédération française des Centres LGBT
Signataire de la Charte francilienne des intervenants en éducation pour la santé et membre du Schéma régional d’éducation pour la santé en Île-de-France
Signataire de la Charte de la Coordination française pour le droit d’asile
Courriels : contact@tjenbered.fr | MSN : tjenbered@hotmail.fr | http://www.tjenbered.fr/
Ligne d’écoute & d’information : +33 (0)6 10 55 63 60 (24h/24, répondeur à certaines heures)
     




Pour recevoir ou consulter nos informations, cliquez ici