Jean-Luc Delarue - DR
           
Lettre ouverte à Jean-Luc Delarue

(Retour sur l’émission «Ca se discute» du 20 février dernier : «Parents, enfants : quand l’homosexualité bouleverse la famille»)

Paris, le mercredi 5 mars 2008
Communication n°TR08SOC06

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Cher Monsieur,

Président de l’association Tjenbé Rèd, Mouvement civique pour l’action & la réflexion sur les questions noires, métisses & LGBT (lesbiennes, gaies, bi & trans) en France ultramarine & hexagonale, j’assistais mercredi 20 février dernier à votre émission «Ca se discute» consacrée, sur France 2, au sujet «Parents, enfants : quand l’homosexualité bouleverse la famille».

Nous souhaitons d’abord vous remercier pour cette émission qui a certainement permis à de nombreuses personnes LGBT & à leurs familles de mieux se comprendre.

Nous souhaitons cependant attirer votre attention sur l’absence de tout représentant associatif sur le plateau. Une telle présence aurait été non seulement utile, non seulement nécessaire, mais encore légitime : les associations, institutions fondamentales de notre République, reconnues comme telles par le Conseil constitutionnel de par sa décision n°71-44 DC du 16 juillet 1971, ont leur place, rien que leur place mais toute leur place, sur la télévision publique - notamment lors de tels débats. Certes, la représentation n’est pas la présentation, le discours indirect n’est pas le discours direct, & la fameuse «crise de la représentation» n’est pas sans fondement : cette crise touche le personnel politique, elle touche les élus syndicaux, elle touche les élus associatifs, elle s’alimente de ce qui est perçu, souvent à juste titre, comme une «confiscation de la parole» par les élites, par les «représentants». Nous sommes parmi les premiers à en convenir & à le dénoncer. Mais dénoncer une crise est une chose, l’alimenter en est une autre : en privant les représentants associatifs (c’est d’eux que nous parlerons) de la parole, en «confisquant» vous aussi la parole, vous les empêchez de démontrer leur pertinence ou leur absence de pertinence, vous les frappez d’invisibilité, vous laissez les personnes concernées dans l’impression (qui cesse d’ailleurs dès lors, magie de l’énoncé performatif, d’être une impression) qu’elles sont seules & abandonnées à leur malheur avec pour seul sauveur... la Télévision.

Notre sentiment est que cette absence a maintenu votre émission dans le domaine de l’anecdotique, dans la succession de récits de vie individuels où l’homophobie semblait finalement ressortir davantage de la faute de quelques familles que de la responsabilité d’une société - la nôtre. Seul votre invité Alex Taylor a pointé, une seconde, cette responsabilité en affirmant que c’est cette société qui était «perverse» & pas les personnes LGBT, mais personne n’a rebondi sur son propos, ne l’a prolongé, n’a évoqué les réformes politiques & sociales qui seraient envisageables. Lorsque l’un des témoins a affirmé qu’il ne pourrait jamais se marier, pas une seule personne n’a évoqué l’absence de prohibition du mariage entre personnes de même sexe dans notre code civil, la possibilité de faire évoluer la jurisprudence restrictive de la Cour de cassation, l’exemple de l’Espagne, de la Belgique, des Pays-Bas ou de l’Afrique du Sud où ce mariage est désormais possible grâce à des évolutions de la loi. Lorsqu’un autre témoin a affirmé qu’il n’aurait jamais d’enfants, personne n’a rappelé que l’homosexualité n’était pas la stérilité, que l’homoparentalité existe.

Finalement, d’anecdote en anecdote, de récit en récit, votre émission en venait à décrire une société immuable où éternellement des jeunes personnes LGBT devraient, on ne sait trop pourquoi, peiner à faire état de leur orientation sexuelle ou de leur identité de genre devant leur famille. Comme vous le disiez vous-mêmes vers la fin de votre émission, «dans 3000 ans», vous pourriez encore refaire la même émission : quel rêve, une rente de situation de trois fois mille ans... Quelle place pour le combat politique & social ? Quelle évocation d’un changement des mentalités qui ne serait pas «spontané» & dû à la magie de la rédemption par la télévision, mais le fruit d’une lutte collective ?

Nous vous prions, cher Monsieur, d’agréer l’expression de nos sentiments les meilleurs.



tjenbered

Pour la commission Culture & Société de Tjenbé Rèd,
Mouvement civique pour l’action & la réflexion
Sur les questions noires, métisses & LGBT
en France ultramarine & hexagonale,
le président, David Auerbach Chiffrin
06 10 55 63 60
     


C/C  : Alain Le Garrec, médiateur des programmes de France 2
Immeuble Le Barjac, 1, boulevard Victor, BP 580, 75726 Paris CEDEX 15







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