smm
           
Anthony B fait un premier pas : Tjenbé Rèd lui propose d’aller jusqu’à signer le Reggae Compassionate Act

(Le dialogue doit se poursuivre malgré les appels à l’annulation des concerts lancés de manière inappropriée par  le Collectif Vigilance Citoyenneté et par Tasse de Thé)

Paris, le samedi 18 octobre 2008
Communiqué de presse n°TR08SOC29

Réagissez sur notre forum PDF RTF PDF|en RTF|en


En 1996, Anthony B, chanteur de reggae dancehall jamaïcain, interprète «Bun Down Sodom» («Brûler Sodome»), signalée comme l’une des 207 chansons les plus homophobes du reggae dancehall par le site Internet «Murder Inna Dancehall» (soulrebels.org/dancehall.htm)  [1.

En 1998, il interprète «Cut Out That» («Trancher ça»), une autre des 207 chansons signalées par «Murder Inna Dancehall», avec notamment ces paroles : «A go bun all saddom whey dem practice», que l’on pourrait traduire par : «Je vais brûler tous les sodomites où qu’ils sévissent»  [1] .

En août 2001, un entretien avec Anthony B publié par le magazine «Reggae Massive» lui prête les propos suivants : «Il n’y a pas d’égalité des droits pour les homosexuels... Les homosexuels sont mauvais... C’est une abomination... Ces gens sont contre la nature... Les homosexuels ne devraient pas avoir une place dans la société. Pourquoi devrais-tu les autoriser ? Si mon fils est homosexuel, je le tue. Car j’ai foi en Dieu... Les personnes qui donnent des droits aux homosexuels ne connaissent pas Dieu et ne connaissent rien à l’amour ni à la nature... Quand je vois deux bêtes en train de se reproduire, ou un homme et une femme faisant l’amour... Si tu luttes contre ça, tu n’es pas dans la vie...»  [2

En 2002, Anthony B interprète «Chi Chi Man» («Pédé») et «No Apology» («Pas d’excuse»), qui figurent également dans la liste établie par «Murder Inna Dancehall»  [1] .

En 2002 puis 2005, il reprend les chansons «Bun Down Sodom» et «Cut Out That»  [1] .

En 2004, par ailleurs, deux associations noires et antillaises, Jamaica Forum for Lesbians Allsexuals & Gays (en Jamaïque) et Black Gay Men’s Advisory Group (au Royaume-Uni), lancent la campagne internationale Stop Murder Music avec le soutien de l’association «OutRage!»  [3.

Le 13 juin 2007, ces associations parviennent à un accord négocié avec Eddie Brown de la société Pride Music, une figure du reggae dancehall, et publient le Reggae Compassionate Act (RCA), une charte éthique issue des communautés noires et antillaises. Les plus importants acteurs de l’économie du reggae dancehall en Europe soutiennent cet accord : Michel Jovanovic (Mediacom France), Klaus Maack (Contour Germany), Peter Senders (Panic Productions Holland), Fabrizio Pompeo (Tour de Force Italy), Julian Garcia (Roots and Vibes Spain) et Tim Badejo (Dubble Bubble Scandinavia). Plus encore, cet accord porte la signature de Capleton et de Sizzla, artistes emblématiques de la scène reggae dancehall  [4.

* * *

Aujourd’hui, Anthony B n’est pas signataire du Reggae Compassionate Act.

Il est en tournée en Europe.

Le 11 octobre dernier, le maire de Vitry-le-François a décidé d’interdire son concert prévu le 12 à l’Orange Bleue, appuyant notamment sa décision sur les éléments avancés par «Murder Inna Dancehall» (ainsi : «Les Bobo Shanti, qui comprennent des chanteurs populaires de reggae dancehall comme Sizzla, Capleton ou Anthony B, condamnent tout ce qui ne va pas dans le sens de leur croyances et appellent à brûler les politiciens, le Vatican, les pédés... Ces chanteurs se défendent en expliquant que c’est d’un feu spirituel qu’il s’agit» [5.

Le 14 octobre, Tjenbé Rèd (Mouvement civique pour l’action & la réflexion sur les questions noires, métisses & LGBT en France ultramarine & hexagonale) demandait à Anthony B de signer le Reggae Compassionate Act  [6.

Le 16 octobre, Anthony B déclarait à Tjenbé Rèd, par l’intermédiaire de son avocat en France, Maître Charles-Antoine Joly, qu’il ne [se souvenait pas des] propos que lui prêtait le magazine Reggae Massive dans son numéro d’août 2001 ; qu’il n’avait jamais appelé ou envisagé d’appeler à la violence contre aucun être humain ; qu’il parlait de vie et d’égalité des droits pour toute personne sans distinction de race, de religion, de sexe, de croyance ou d’opinion ; que la chanson «Cut Out That» ne faisait plus partie de son répertoire. Par ailleurs, son avocat précisait que la chanson «Cut Out That» faisait référence à la Bible et pas aux homosexuels  [7.

Dans sa déclaration, Anthony ne revenait pas sur ses chansons «Bun Down Sodom», «Chi Chi Man» et «No Apology» ; il ne précisait pas si, par croyance ou opinion, il entendait notamment orientation sexuelle ou identité de genre ; il n’indiquait pas la teneur exacte de ses propos à Reggae Massive ; il n’expliquait pas comment ce magazine aurait pu publier des propos ne correspondant pas à ses déclarations.

* * *

Tjenbé Rèd prend acte de la déclaration d’Anthony B en date du 16 octobre 2008 et estime que cette déclaration est un pas vers la clarté mais n’est pas encore la clarté.

La clarté, c’est la signature du Reggae Compassionate Act  [4D] [4E] .

Tjenbé Rèd sollicite de nouveau d’Anthony B qu’il signe ce document issu d’une médiation interne aux communautés noires et antillaises, respectueux des valeurs du reggae dancehall, respectueux des personnes LGBT (lesbiennes, gaies, bi & trans), déjà signé sans déroger par deux des principales figures du reggae dancehall : Capleton et Sizzla  [4B] [4C] .

Tjenbé Rèd demande également de nouveau aux acteurs politiques et culturels concernés par la tournée d’Anthony B qu’ils permettent aux associations LGBT et aux associations de lutte contre le VIH/sida de dialoguer avec son public, ces samedi 18 octobre à Venise en Italie, lundi 20 à Bordeaux (Le 4 Sans), mardi 21 à Ramonville-Saint-Agne en Haute-Garonne (Le Bikini), mercredi 22 à Marseille (Espace Julien), jeudi 23 à Bilbao en Espagne, vendredi 24 à Sauveterre-de-Rouergue (Salle des Fêtes), samedi 25 à Biarritz (L’Atabal), dimanche 26 à Madrid en Espagne, mardi 28 à Sannois en Val-d’Oise (L’EMB), mercredi 29 à Berlin en Allemagne, jeudi 30 à Hambourg, vendredi 31 à Munich, samedi 1er novembre à Stuttgart, dimanche 2 à Dortmund, mercredi 5 novembre à Changé en Mayenne (Les Ondines), jeudi 6 à Lisbonne au Portugal, vendredi 7 à Vienne en Autriche et samedi 8 novembre à Barcelone en Espagne  [8.

Tjenbé Rèd, association noire & métisse, entend ainsi clairement privilégier le dialogue avec un artiste noir et antillais comme avec son public noir & métis.

c’est pourquoi, si nous respectons la décision de la ville de Vitry-le-François de ne pas donner suite à notre demande d’organiser rapidement un débat public sur le Reggae Compassionate Act, nous lui demandons de nous proposer une date qui, sans être immédiate, ne serait pas excessivement lointaine. L’interdiction du concert du 12 octobre ne saurait être le point final d’une démarche pédagogique et démocratique mais doit, au contraire, en être le premier acte (un acte d’ailleurs quelque peu entaché d’une certaine méconnaissance du dossier et, notamment, du Reggae Compassionate Act, qui n’est pas cité dans l’arrêté municipal portant interdiction du concert, alors qu’on pourrait considérer que le rôle des acteurs politiques est de favoriser les démarches de médiation et non de les ignorer)  [9.

C’est encore pourquoi, si nous comprenons l’émotion du Collectif Vigilance Citoyenne et de l’association Tasse de Thé qui ont purement et simplement demandé l’annulation des concerts d’Anthony B sans lui demander jamais de signer le Reggae Compassionate Act, nous réprouvons avec la plus vive fermeté leur méthode ou bien plutôt leur consternant manque de méthode. Association ne veut pas forcément dire amateurisme. Nous ne comprenons pas que ces deux organisations soient venues mettre en danger un processus de médiation élaboré par des associations LGBT noires et antillaises après trois ans de lutte. Nous ne comprenons pas que ces deux organisations aient pris position de manière excessive voire outrancière sur un sujet, la murder music, sans marquer plus de respect ou d’attention pour les actions menées sur ce sujet depuis des années par le «Jamaica Forum for Lesbians Allsexuals & Gays», par le «Black Gay Men’s Advisory Group», par «OutRage!», par la Fédération française des Centres LGBT ou par nous-mêmes. Nous déplorons que ces deux organisations aient ainsi pris le risque de prêter le flanc à un discours qui, fondé ou infondé, touche nos communautés noires & métisses en leur répétant de ne pas écouter les Blancs quand ils disent aux Noirs ce que les Noirs doivent penser. Le Reggae Compassionate Act est une solution communautaire sans être communautariste, qui permet de sortir de ce discours en ramenant l’attention du public de reggae dancehall vers l’aspect universel des valeurs du reggae dancehall. Ignorer le Reggae Compassionate Act, c’est vouloir amener de force ce public vers des valeurs qui, parce qu’elles lui seront imposées, lui seront odieuses et lui paraîtront être les valeurs de l’oppresseur - de l’ancien colon, de l’ancien esclavagiste. C’est suivre aux yeux de ce public une attitude néocolonialiste. Respecter le Reggae Compassionate Act, c’est au contraire lui donner plus de force, c’est priver le discours homophobe au sein de nos communautés d’un de ses arguments les plus efficaces : la dénonciation de la main étrangère.

C’est enfin pourquoi nous regrettons l’attitude de la société Mediacom qui, après avoir contribué à la rédaction du Reggae Compassionate Act, n’a jamais donné l’impression de porter réellement ce texte ; qui, à chaque fois qu’une nouvelle crise survient, pratique la politique de l’autruche en espérant que le mouvement LGBT français finira par se lasser... N’a-t-elle pas compris que, mobilisé sans faiblir depuis le 18 août 2004 (avec une première télécopie des associations rémoises Ex AEquo et Reims Liberté Gaie), ce mouvement ne relâcherait plus sa vigilance ? N’a-t-elle pas compris qu’il valait mieux anticiper les tournées délicates et favoriser la médiation au lieu de laisser les salles et les associations locales faire face, seules, à l’indignation légitime de nos compatriotes ? Pareille attitude pourrait être, si elle n’émanait d’un professionnel, qualifiée de puérile  [10.

* * *

Tjenbé Rèd entend privilégier le dialogue mais pour dialoguer, il faut être au moins deux.

Il appartient donc désormais à Anthony B et aux acteurs politiques et culturels concernés par sa tournée de répondre dans les meilleurs délais à nos sollicitations. Certains d’entre eux l’ont déjà fait, nous les en remercions, cet élan doit se poursuivre : le dialogue que nous envisageons est un processus que nous espérons plus fertile et pérenne que les sempiternelles tentatives de sauvegarde de tournées en péril que nous pratiquons depuis le 26 mai 2005, pour ce qui est de la Fédération française des Centres LGBT dont Tjenbé Rèd est membre, avec successivement Capleton, Sizzla, Krys, Admiral T ou Anthony B.

Nous dresserons, lundi 20 octobre après midi, un bilan des appels au dialogue lancés depuis le 13 octobre concernant la tournée d’Anthony B  [11. Nous indiquerons alors si le niveau de dialogue atteint nous paraît suffisant pour être qualifié d’authentique et nous permettre ainsi d’engager notre réputation dans un appel au maintien des concerts de cette tournée, allant ainsi en conscience à l’encontre des appels prématurés et outranciers lancés par le Collectif Vigilance Citoyenne et par l’association Tasse de Thé.





Pour la commission Culture & Société de Tjenbé Rèd,
le président, David Auerbach Chiffrin
tjenbered@hotmail.fr
06 12 95 16 21




     
zeboutik

     
© TJENBÉ RÈD ! Mouvement civique pour l’action & la réflexion sur les questions noires, métisses & LGBT (lesbiennes, gaies, bi & trans) en France ultramarine & hexagonale
Association loi 1901 fondée le 1er mai 2007, déclarée le 24 mai 2007, Journal officiel du 16 juin 2007
CCP Paris 5355746U | IBAN FR94 2004 1000 0153 5574 6U02 070 | BIC PSSTFRPPPAR | SIRET 500 965 678 00013 | NAF/APE 9499Z
Membre du Comité consultatif des associations ultramarines près la Délégation interministérielle pour l’égalité des chances des Français d’outre-mer
Membre de l’UNOM | Union nationale de l’outre-mer français
Membre du RAAC-sida | Réseau des associations africaines et caribéennes agissant en France dans la lutte contre le sida
Membre du CRAN | Conseil représentatif des associations noires en France
Membre associé, Observateur de la Fédération française des Centres LGBT
Membre du collectif UCIJ | Uni(e)s contre l’immigration jetable
Signataire de la Charte francilienne des intervenants en éducation pour la santé et membre du Schéma régional d’éducation pour la santé en Île-de-France
Signataire de la Charte de la Coordination française pour le droit d’asile
Signataire de l’Appel pour un moratoire universel sur la peine de mort lancé le 6 août 2007 par la Coalition mondiale contre la peine de mort
Signataire du pacte interassociatif Ni Pauvre, Ni Soumis du 4 février 2008
Soutien du collectif DroitsEtProstitution
Courriels : contact@tjenbered.fr | MSN : tjenbered@hotmail.fr | Myspace : http://www.myspace.com/tjenbered | Site Internet : http://www.tjenbered.fr/
Ligne d’écoute et d’information : +33 (0)6 10 55 63 60 (24h/24, répondeur à certaines heures)
Siège national : 113, boulevard Voltaire, 75011 Paris
     


Pour recevoir ou consulter nos informations, cliquez ici