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Foire aux questions



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1°) À quand remonte la création de Tjenbé Rèd ? Qui en est le créateur / la créatrice et quelles furent les motivations ?

L’association dénommée «Tjenbé Rèd Pa Moli ! Mouvement civique pour l’action & la réflexion sur les questions noires, métisses & LGBT (lesbiennes, gaies, bi & trans) en France ultramarine & hexagonale» (ou Tjenbé Rèd) s’est vue fondée le 1er mai 2007, au terme d’une assemblée générale de l’association dénommée «An Nou Allé ! Centre gai & lesbien Antilles-Guyane & Outre-Mer | Association des NoirEs lesbiennes, gais, bi & trans et de leurs amiEs en France» (ou An Nou Allé).

Les créateurs en furent quatre militants investis à des degrés divers contre les racismes, les homophobies & le sida, notamment David Auerbach Chiffrin, fondateur et secrétaire général d’An Nou Allé.

Les motivations de cette création sont exposées comme suit dans le procès-verbal de l’assemblée générale constitutive :

«Réunis en assemblée constitutive à Paris, le mardi 1er mai 2007 à 18h45, les participants constatent qu’ils mènent depuis plusieurs années de nombreuses réflexions, démarches et actions autour des questions noires, métisses & ultramarines, autour des questions lesbiennes, gaies, bi & trans (LGBT), autour de la question VIH/sida. Les participants évoquent notamment leurs engagements au CGL Paris, à la Fédération française des Centres LGBT, à l’ILGA, à An Nou Allé, au CRAN, à l’Inter-LGBT, à JHSplus. Les participants rappellent la situation singulière des personnes noires et métisses LGBT, davantage exposées à l’homophobie, à la transphobie, à la sérophobie, aux infections sexuellement transmissibles ou au risque suicidaire en raison du poids particulier de discours religieux rétrogrades fondés sur une lecture littérale des passages les plus violents de la Bible ou du Coran ; de discours politiques assimilant les orientations sexuelles et les identités de genre minoritaires à des perversions introduites par l’ancien colon ou esclavagiste ; de la pression morale voire physique exercée par les familles élargies au nom de l’honneur et de la tradition ; de tabous relatifs à la seule évocation de la sexualité. Les participants estiment que cette situation singulière ne changera pas d’elle-même : ces discours, pressions et tabous persisteront s’ils ne sont combattus et déconstruits. Considérant que l’inaction, la passivité ou la résignation ne sont pas des options, les participants s’engagent à mener les actions et réflexions nécessaires à ce combat, à cette déconstruction.» (19 août 2011)

1er mai 2007 - Procès-verbal de l’assemblée constitutive de l’association Tjenbé Rèd - Document n°TR07AG01
http://www.tjenbered.fr/2007/20070501-00.html

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2°) Tjenbé Red se définit-elle comme association «noire», «caribéenne», «africaine», «afro-caribéenne» ou autres ? Et quelles en sont les raisons ?

Avant de répondre à cette question, il convient de préciser que l’association précitée, «Tjenbé Rèd Pa Moli ! Mouvement civique pour l’action & la réflexion sur les questions noires, métisses & LGBT en France ultramarine & hexagonale», n’existe plus sous cette dénomination depuis son assemblée générale extraordinaire du 20 décembre 2010. Elle se trouvait composée de quatre commissions dévolues aux affaires culturelles et sociales ; sanitaires ; politiques ; internationales. Elle a, sous le nom de «Tjenbé Rèd Prévention - Association de prévention des racismes, des homophobies & du sida issue des communautés afro-caribéennes» (ou Tjenbé Rèd Prévention), conservé les attributions relevant des deux premières ; celles relevant des deux dernières sont désormais transférées à une autre association dénommée «Total Respect - Tjenbé Rèd Fédération - Fédération de lutte contre les racismes, les homophobies & le sida issue des communautés afro-caribéennes» (avec effet rétroactif au 1er janvier 2010).

Tjenbé Rèd se définissait en ses débuts, comme l’indiquait son titre complet, comme un mouvement civique pour l’action & la réflexion sur les questions noires, métisses & LGBT en France ultramarine & hexagonale. Pas comme une association noire ou caribéenne ou africaine ou afro-caribéenne. Il s’agissait de se définir non par rapport à l’origine ou à la couleur ou à la race mais par rapport à la volonté : celle d’agir et de réfléchir, en qualité de citoyen/ne/s, interpellant donc à ce titre la communauté nationale ainsi que ses représentant/e/s, au sujet des discriminations subies par les personnes noires, métisses & LGBT sur le territoire national.

Sa dénomination officieuse, utilisée par exemple dans ses communications, a peu à peu évolué pour deux types de raison : d’abord des raisons de simplicité («Tjenbé Rèd Pa Moli ! Mouvement civique pour l’action & la réflexion sur les questions noires, métisses & LGBT en France ultramarine & hexagonale», c’est bien long), ensuite pour des raisons identitaires, pour ainsi dire. Il s’est rapidement agit d’être mieux compris des populations que nous ambitionnions de représenter et l’intitulé précité comporte plusieurs termes qui nécessitent une longue pédagogie, utile certes éventuellement à long terme mais parfaitement parasite à court terme.

Nous avons ainsi utilisé les dénominations «association noire & métisse LGBT» (assumant une identité raciale d’autant plus large que le terme de métissage englobe de nombreuses situations identitaires, ayant refusé l’appellation d’«association noire» qui nous semblait précisément trop restrictive voire raciste), puis «association afro-caribéenne LGBT» ou plus rarement «afro-antillaise», centrée cette fois sur une origine géographique (une pluralité d’origines géographiques, en réalité) et non plus raciale. Cette dernière évolution (du racial vers le géographique) était due à l’implantation antillaise marquée de nos adhérent/e/s et de nos partenaires : progressivement, nous avons compris que l’appellation «noire & métisse» n’était pas en phase avec leur vision car, insistant sur la dimension noire donc africaine, elle paraissait minorer les autres origines raciales que l’on trouve aux populations antillaises : indiennes, amérindiennes, hispaniques, européennes, chinoises... La dimension métisse pourtant présente dans cette appellation aurait dû, en théorie, inclure ces autres origines ; il se trouve que cela n’était pas perçu de cette façon. De plus, les origines sont importantes mais ne sont pas toujours perçues comme étant l’essentiel de l’identité antillaise, certains courants idéologiques souhaitant davantage la voir en ses dimensions présentes et futures.

Enfin, comme on l’a vu, Tjenbé Rèd Prévention est désormais une «association de prévention des racismes, des homophobies & du sida issue des communautés afro-caribéennes». Fin de l’histoire ? (19 août 2011)

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3°) Quels sont les rapports de Tjenbé Rèd avec les autres associations LGBT ? Quels sont les rapports de Tjenbé Rèd avec les associations antiracistes ? Est-ce plus compliqué de communiquer avec les sphères militantes blanches LGBT qu’avec les sphères militantes noires hétérosexuelles ou inversement ?

Il est difficile de faire une réponse courte à cette question, alors que le temps manque pour y faire une réponse exhaustive.

Les rapports de Tjenbé Rèd Prévention avec les autres associations LGBT sont délicats et nous devons noter que notre candidature à l’Inter-LGBT et au Centre LGBT Paris-Île-de-France a été rejetée sans motivation. Nous sommes cependant membres du Ravad (Réseau d’aide aux victimes d’agressions et de discriminations) ou de la Fédération LGBT (anciennement Inter Centres LGBT) mais cette dernière a violemment rejeté notre demande de création d’une commission fédérale consacrée aux minorités visibles, alors même qu’elle créait par exemple une commission consacrée aux personnes trans. Cependant, nous cosignons régulièrement des communications avec diverses associations LGBT et nous avons des relations de travail avec des associations comme le Refuge ou l’Ardhis (Association pour la reconnaissance des droits des personnes homosexuelles et transsexuelles à l’immigration et au séjour).

Les rapports de Tjenbé Rèd Prévention avec les autres associations antiracistes sont un peu meilleurs mais le premier problème est dans ce cas, plus que la tension, l’indifférence. Il faut dire que nous comptons bien peu d’adhérent/e/s (entre 30 et 40) et que ce critère est très observé. La difficulté des personnes noires & métisses ou afro-caribéennes LGBT à se mobiliser de façon visible est ainsi un effet en même temps qu’une cause des discriminations qui les frappent.

Il faudrait aussi évoquer les relations avec les autres organisations LGBT antiracistes qui sont troublées par d’obscures mais violentes compétitions idéologiques, égotiques ou financières. Le mot de De Gaulle sur «les petits partis qui cuisent leur petite soupe au coin de leur petit feu» trouve ainsi à s’appliquer à plein, ici comme ailleurs il est vrai. Ne dit-on pas «deux trotskystes, un parti ; trois trotskystes, une scission» ? (19 août 2011)

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4°) Quelle place a Tjenbé Rèd dans la lutte antisida ? Cette lutte est-elle plus importante à Tjenbé Rèd que dans les mouvements LGBT blancs ?

Tjenbé Rèd Prévention est membre du Raac-sida (Réseau des associations africaines et caribéennes agissant en France dans la lutte contre le sida) et anime diverses réflexions : elle fut ainsi la seule à évoquer le sida au cours des États généraux de l’outre-mer en 2009.

Il est bien difficile d’affirmer que la lutte contre le sida est plus importante à Tjenbé Rèd Prévention que dans les mouvements LGBT «blancs» (cette seule dénomination supposerait d’ailleurs elle-même des investigations poussées) car cela supposerait une étude comparative de type universitaire que nous sommes difficilement en mesure de réaliser. Nous constatons régulièrement, en revanche, qu’il est difficile de parler de sida au sein de la communauté associative LGBT et qu’aucune Gay Pride en France n’a jamais pris un mot d’ordre relatif au sida. N’est-ce pas tout dire ? (19 août 2011)

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5°) Tjenbé Rèd milite-t-elle hors de Paris ? Hors de l’Hexagone ?

Tjenbé Rèd Prévention compte une antenne en Normandie et une autre aux Antilles et en Guyane. Cependant, 80% environ de nos actions se déroule à Paris. (19 août 2011)

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6°) Il y a-t-il des femmes à Tjenbé Rèd et le groupe Zami est-il toujours actif ?

Tjenbé Rèd Prévention compte douze adhérentes soit environ un tiers de nos effectifs. Cependant, une seule de ces adhérentes est bénévole, même s’il s’agit de notre présidente nationale. Le groupe Zami est en sommeil depuis longtemps suite à une prise de bec qui n’a jamais été expliquée, malgré nos efforts et malgré une assemblée générale extraordinaire consacrée à ce problème. (19 août 2011)

1. Mais qui êtes-vous David Auerbach Chiffrin ?
2. Comment en êtes-vous venu au monde associatif ?
3. L’identité: une question qui vous taraude personnellement ?
4. Si je vous dis Ouganda, qu’est-ce cela vous évoque en dehors du glacier Ruwenzori ?
5. L’avenir pour les minorités LGBT en Afrique, aux Antilles, vous l’envisagez comment ?
6. Comment vous situez-vous dans la communauté LGBT hexagonale ?
7. On vous reproche une certaine flamboyance et une énergie dévorante... Qu’en pensez-vous ?
8. Comment vos proches, famille, amis, voient votre parcours ?
9. En dehors des causes, des passions ? Lecture, musique, voyages ?
10. Une question à laquelle on n’échappe pas, car même les plus grands ont un ventre : votre plat préféré ?

1. Mais qui êtes-vous David Auerbach Chiffrin ?

Je me définis d’abord comme citoyen français. C’est important pour moi car c’est une référence directe aux idéaux de la Révolution française, à commencer par le respect du principe d’égalité, évidemment central dans mon combat actuel. Je me définis ensuite comme militant car je ne supporte pas de m’investir dans une activité qui n’a pas de sens, pas d’utilité autre que l’accroissement du bénéfice de telle ou telle firme. Je suis président de l’association Tjenbé Rèd Prévention, à la fondation de laquelle j’ai pris part en 2007, et secrétaire général de l’association Total Respect - Tjenbé Rèd Fédération. Je suis également secrétaire général de l’association An Nou Allé, que j’ai fondée en 2004 avec le concours de Louis-Georges Tin, un autre militant homosexuel martiniquais. Je suis militant associatif depuis 1997 où je me suis investi dans la lutte contre le Front national : j’ai ensuite évolué vers le tissu associatif LGBT (lesbien, gai, bi & trans) puis vers le milieu antiraciste, comme le démontre mon investissement actuel au sein du collectif «Non à Guerlain ! Non à la négrophobie !». Cela correspond évidemment à mon orientation sexuelle ainsi qu’à la diversité de mes origines européennes, juives et antillaises mais comme je le dis souvent, on n’a pas besoin de mourir de faim pour lutter contre la faim dans le monde : la solidarité, cela existe.

2. Comment en êtes-vous venu au monde associatif ?

J’avais depuis longtemps un dégoût instinctif du racisme et un attachement farouche à la démocratie. J’étais donc révulsé par tout ce que le Front national était. Cela m’a conduit d’abord vers l’engagement politique, au Parti socialiste en l’occurrence, en 1993, après sa lourde défaite aux législatives (on ne pourra pas m’accuser d’avoir voulu voler au secours de la victoire, comme l’on dit). Cependant, j’ai fini par trouver la vie partisane ennuyeuse et frustrante : tout ce que l’on me demandait dans ma section, c’était de distribuer des tracts sur le marché avant les élections pendant que je voyais de loin un petit groupe réfléchir et analyser les votes. Distribuer des tracts sur un marché est une activité noble que je ne rejette ni ne regrette, avoir ce type de contact avec les gens est enrichissant, c’est même un devoir moral quand on leur demande de voter pour vous. Simplement, cela devenait monotone et vide de sens, je n’avais pas l’impression de réfléchir ou de peser vraiment sur la réalité, je me sentais peu utile, de plus les perpétuels chuchotements conspirateurs autour des positionnements carriéristes de chacune et chacun me gavaient grave : je n’étais pas venu dans un parti pour passer l’essentiel de mon temps à savoir si je devais suivre untel ou untel en fonction de l’avantage personnel qu’il me promettait. En outre, je trouvais mon parti un peu mou dans son combat contre le Front national, j’avais l’impression qu’il ne voyait pas assez le danger (c’était d’ailleurs un peu prémonitoire). Je me suis donc tourné vers l’engagement associatif, que je ne connaissais pas du tout avant cela, parce que je voulais vraiment agir contre le racisme, contre le Front national, participer à des projets depuis la conception et non seulement quand on me demandait de coller des affiches ou distribuer des tracts. Pour la petite histoire, j’ai dernièrement fait ma synthèse personnelle entre ces deux types d’engagements en devenant compagnon de route des Verts puis membre d’Europe Écologie - Les Verts.

3. L’identité : une question qui vous taraude personnellement ?

Pas vraiment. Nous réfléchissons beaucoup dessus, évidemment, mais surtout parce qu’elle ne cesse de se poser à nous, parce que la société ne cesse de nous renvoyer à notre identité raciale ou sexuelle minoritaire. Cela la dérange beaucoup, en fait, les minorités. Pour ma part, j’affirme sans problème mes diverses identités sexuelle ou raciales et je suis toujours surpris de voir que cela peut déclencher des réactions hostiles, comme si l’on ne pouvait pas ou ne devait pas être à la fois noir et métis, noir et juif, noir et européen, noir et homosexuel... Très péniblement, notre société a fini par admettre la notion de respect des minorités (la notion, seulement) mais elle pète un câble quand on est porteur de plus d’une identité, quand on appartient à plus d’une minorité, elle le prend comme une agression. Il ne faut pas croire d’ailleurs que le fait d’appartenir à une minorité protège contre ce mécanisme bien ancré dans la mentalité française générale. Il y a quelques mois, j’ai entendu qu’un militant homosexuel que je connais depuis mes débuts dans la vie associative me faisait le reproche, dans mon dos bien sûr, d’avoir été successivement homosexuel, puis juif, puis noir... Comme si j’aurais dû me cantonner à une seule de mes identités, comme s’il était personnellement agressé par ma diversité. C’est d’ailleurs une réalité quelque part car il s’agit aussi d’un militant politique et si les partis politiques sont relativement à l’aise avec la notion de minorité (cela leur permet de mettre les gens dans des cases, électorat ou candidats, cela rentre dans leur réflexion sur le «qui peut représenter qui», sur le «comment je peux maximiser mes voix», sur les positionnements internes), ils ne le sont pas du tout avec la notion d’appartenance à plusieurs minorités (cela fait disjoncter leur logiciel interne de représentativité : ainsi, un militant homosexuel, par exemple, va construire sa carrière partisane sur son homosexualité, se présentant comme légitime pour intégrer une liste à une élection par liste ou être présenté à une élection uninominale dans telle circonscription, et va se sentir agressé par un militant noir homosexuel, par exemple, car il aura l’impression que ce dernier cherche à cumuler les légitimités pour piquer sa place).

4. Si je vous dis Ouganda, qu’est-ce cela vous évoque en dehors du glacier Ruwenzori ?

L’assassinat récent du militant David Kato, la proposition de loi actuellement débattue par le parlement ougandais pour condamner à mort les personnes LGBT et les PVVIH (personnes vivant avec le virus de l’immunodéficience humaine ou le syndrome de l’immunodéficience acquise). C’est effrayant, l’Afrique est en train de glisser vers une homophobie exacerbée, que les gouvernements attisent pour détourner l’attention de leurs échecs et de leur corruption. Cela montre bien que le progrès n’existe pas, au sens où la notion de marche glorieuse et irréversible vers une humanité meilleure est un mythe. Il faut lutter, arrêter de regarder cette télévision excrémentielle qu’est TF1, adhérer aux associations, s’engager. Sinon, on est un mouton bêlant et stupide.

5. L’avenir pour les minorités LGBT en Afrique, aux Antilles, vous l’envisagez comment ?

Je n’ai pas de boule de cristal. Il y a des signes très inquiétants mais d’autres laissent de l’espoir, une société civile se développe et s’affirme chaque jour un peu plus. Tout ce que je sais, c’est qu’il faut lutter, s’engager.

6. Comment vous situez-vous dans la communauté LGBT hexagonale ?

Les associations membres de Total Respect s’efforcent de porter le débat contre le racisme au sein de la communauté LGBT française : c’est difficile, à la fois il y a un racisme réel parmi les personnes LGBT - comme parmi les autres il est vrai mais on aurait pu s’attendre parmi elles à une sensibilité plus importante au respect des minorités - et une forme de contestation de la capacité des personnes noires ou métisses à porter le combat contre le racisme. En gros, à la fois pour des raisons idéologiques liées au mythe de l’universalisme à la française et pour des raisons carriéristes liées au refus d’admettre de nouveaux acteurs (plus précisément, les premières maquillant les secondes), Total Respect rencontre des résistances importantes au sein de la communauté LGBT hexagonale. Cela n’est pas arrangé par le fait que nous portons également un engagement fort contre le sida, un autre sujet dont il est de bon ton de dire que l’on veut parler au sein de cette communauté.

7. On vous reproche une certaine flamboyance et une énergie dévorante... Qu’en pensez-vous ?

Je n’ai jamais entendu que l’on me reproche cela, en tout cas pas en face, mais sont-ce des reproches ? Il est vrai que mon engagement militant se fait au détriment de ma carrière professionnelle, de ma vie de couple, de mes finances même puisque j’y consacre l’essentiel de mes revenus : en ce sens, c’est effectivement dévorant. Qu’on me le reproche... Je suis entier, intègre et je sais que des personnes carriéristes, à l’épine dorsale forcément plus souple, peuvent m’en vouloir pour cela, faire courir toutes sortes de ragots contre moi, dont certains me reviennent parfois aux oreilles et m’amusent toujours. Ainsi, une fois, un parti politique où j’étais investi m’a demandé de cautionner une fraude électorale en apposant ma signature sur un procès-verbal vierge. J’ai refusé. Plusieurs mois plus tard, il m’est revenu aux oreilles que le même groupe de personnes qui avait fait pression sur moi pour que j’accepte cette fraude et qui était par ailleurs un groupe de militants homosexuels faisait courir le bruit que j’aurais... renversé une urne électorale ! J’ai immédiatement téléphoné à la personne qui avait dit cela, un militant homosexuel de tout premier plan, blanc, pour simplement lui demander sur un ton ironique si elle confirmait l’avoir dit. J’ai rarement eu quelqu’un d’aussi péteux au téléphone. C’est très intéressant parce que cela montre bien le processus de construction du ragot, très proche de celui de l’insulte. C’est toujours un peu une surprise pour moi car je suis complètement incapable de pratiquer cela, peut-être même de le comprendre.

8. Comment vos proches, famille, amis, voient votre parcours ?

Je ne sais pas trop. Ils se plaignent un peu, ne me voient pas beaucoup. Ils me disent que je ne leur écris jamais mais je leur réponds qu’à chaque fois qu’ils reçoivent des nouvelles des associations dans lesquelles je m’investis, c’est comme si je leur écrivais. Ils ne sont pas trop d’accord avec cette vision des choses... Si j’entends ce qu’ils me disent, ils trouvent que mon investissement associatif est un gâchis, que je donne de la confiture aux cochons, que j’aurais pu avoir un parcours professionnel largement plus rémunérateur, une vie de couple moins chaotique, un appartement plus vaste que mes sympathiques seize mètres carrés... C’est sans doute vrai d’ailleurs. En même temps ils comprennent bien quelles sont mes révoltes.

9. En dehors des causes, des passions ? Lecture, musique, voyages ?

Je ne comprends pas l’usage contemporain du terme de passion, qui désigne à la base une souffrance ou quelque chose que l’on subit, où l’on est inactif. J’aime lire, écrire, écouter de la musique, j’aime les randonnées, pas trop les voyages (j’ai horreur d’être un touriste) mais quoi que je fasse, je ne cesse pas d’être un militant et de faire le lien avec mes combats. Même dans la vie sexuelle, je me pose la question de la démocratie car les rapports sexuels sont parfois construits sur des fantasmes autoritaires et ce n’est pas évident pour moi. Par exemple, la pénétration est centrale dans la vie sexuelle et c’est forcément une relation asymétrique : la position dite du 69 constitue une exception mais peut devenir lassante, d’autant qu’elle n’est pas tant une exception que cela puisque même lorsque vous pratiquez un 69, il y a toujours une personne qui est au-dessus (sauf si vous êtes dans une station spatiale et que vous avez débranché la gravité artificielle) ou une personne qui a la main droite libre (sauf pour les couples composés d’une personne droitière et d’une autre gauchère).

10. Une question à laquelle on n’échappe pas, car même les plus grands ont un ventre : votre plat préféré ?

C’est variable, c’est par époques. En ce moment, je crois que c’est le poulet coco de mon doudou.

 


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